Interview : Owlana

Chers lecteurs,

Si vous saviez comment j’étais impatiente de vous écrire ce premier article, dans ma nouvelle série spécial interview. Bon laissez moi vous expliquer que ca fasse sens. Il y a quelques mois alors que  je faisais je ne sais plus quoi, une idée s’est implantée dans ma tête : pourquoi je ne ferais pas des interviews d’entrepreneuses musulmanes ? Et à partir de là emails ont été envoyés et réponses reçues. Parmi elles se trouvaient celle dont j’espérais une réponse positive : Owlana.

Owlana est une maison de couture spécialisée dans la mode pour les femmes musulmanes. J’ai découvert le compte sur Instagram et depuis je suis subjuguée par leur éthique, valeurs & travail. Ces femmes sont une vraie source d’inspiration. Owlana a réussi à se démarquer par l’attention rigoureuse apportée à leur vêtement & le choix judicieux de leur tissus de qualité. Leur nouvelle collection sortie le 7 Août témoigne bien le talent de toute l’équipe. En plus de confectionner leur propre vêtements, Owlana propose aussi des cours de couture dans leur atelier, une occasion rêvée d’apprendre auprès d’excellentes couturières.

Mais qui mieux Eleana la créatrice de Owlana pour vous parler de sa marque et de sa personne ?

1) Parles-nous un peu de toi

 Je m’appelle Eleana, j’ai 21 ans et je suis la fondatrice de la marque Owlana que j’ai créée en 2018, lorsque j’avais tout juste 18 ans. À ce moment-là, j’allais partir vivre en Belgique, près de la Hollande. Je savais donc que je n’y trouverai pas de travail à cause de la barrière de la langue, j’ai donc choisi de me lancer afin de devenir plus indépendante et d’avoir une facilité financière. Tout s’est donc développé petit à petit, puis je suis retournée en France et j’ai beaucoup fait avancé ce projet. Aujourd’hui, ma marque fait partie intégrante de ma vie. J’ai grandi en région parisienne, dans un environnement très enrichissant qui m’a permis de développer beaucoup de passions et d’intérêts pour certaines choses. C’est en partie de là que m’est venue ma passion pour la couture, bien que je n’ai aucun diplôme en rapport avec ce milieu, j’ai tout appris de manière autodidacte et en famille.

2) Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer ?

 J’avais vraiment besoin de trouver une activité professionnelle. Il y a eu dans ma famille beaucoup de couturières, grâce à qui j’ai pu apprendre étant jeune, j’ai donc choisi de suivre ce chemin à mon tour. C’était une évidence pour moi de devenir auto-entrepreneur, c’est ce qui me convient le mieux et qui m’enrichit toujours plus.

3) C’est quoi le plus dur dans ce que tu fais ?

 Je pense que c’est le fait d’organiser et de devoir se concentrer, s’investir sur tout ce qui concerne l’administratif. D’en apprendre toujours plus sur la finance économique, sur les normes juridiques et sociales. Il est parfois très dur de comprendre et d’intégrer ces domaines, et pourtant il faut être sûr d’assurer derrière lorsque l’on est une société et qu’on a ces responsabilités.

 4) Quelle est la chose dont tu es la plus fière ?

Dans l’histoire Owlana, ce qui me rend le plus fière c’est d’avoir des employés. D’une part, c’est extrêmement gratifiant, c’est quelque part une sorte d’accomplissement. Participer à une économie, mais aussi apporter de l’aide dans la communauté. C’était très important pour moi de « partager » Owlana, car c’est un projet avec lequel j’ai grandi et qui m’a fait grandir, et de voir qu’il n’y a plus ce côté « individualiste », ça me rend vraiment très fière. De plus, l’entreprise évolue beaucoup mieux en ayant des employés attitrés à chaque poste, il n’y a que du positif qui en ressort.

5) Comment décrirais-tu ta marque ?

 Owlana, c’est une marque éthique et responsable. Nous ne sommes pas seulement une marque de vêtement, notre volonté première c’est d’être un tremplin vers le slow-fashion. Aujourd’hui, ce sont des mondes qui ont malheureusement été abandonnés. On essaye justement de faire revivre ces valeurs en proposant des collections durables et qualitatives. Du moment où la commande est passée jusqu’à la livraison, nous donnons le meilleur de nous même pour donner au client quelque chose à sa hauteur. Car ce qui est important aussi pour nous, c’est d’avoir des personnes qui réussissent à s’identifier à notre marque, de voir des femmes qui se sentent à leur place et qui se retrouvent à travers nos vêtements.

6) A quoi ressemble une journée productive pour toi ?

Ma journée productive idéale se déroule ainsi : je me réveille assez tôt, vers 7h, je lis quelques pages d’un de mes livres du moments dans le bus, puis j’arrive à l’atelier vers 8h30. 

A 9h, il y a une employée couturière qui arrive. On débriefe sur ce qu’il y a à faire puis j’essaye de m’occuper de tout ce qui est administratif, papiers, je préfère le faire en matinée. Je prend une pause de 35 minutes généralement le midi, puis l’après-midi je me concentre davantage sur la couture. Je continue de coudre après le départ des couturières, jusqu’à 19/20h. Puis je rentre chez moi et jusqu’à environ 21h, je continue de gérer la paperasse. Après ça, j’essaye de me reposer.

J’ai beaucoup de “rôles” dans l’entreprise, je dois superviser l’équipe chaque jour, je gère la communication faite sur les réseaux sociaux, également tous les fournisseurs, l’administration de la société, le contrôle de la marchandise produite, et je fais de la couture aussi, évidemment.

Je travaille aussi tout au long de la journée avec mon assistante manager, sur le service client, la gestion du site, l’administratif, les différents services de l’entreprise, les collaborations, le recrutement, la gestion des planifications de projets etc.

Mais tout ça n’est qu’une journée avec une productivité “idéale”, il se peut également que je passe la journée à l’extérieur, pour des shootings, des rendez-vous à la banque, chez les fournisseurs… ou bien encore je peux passer la journée à l’atelier à donner des cours de couture ou des entretiens. Chaque jour est unique et on ne s’ennuie jamais !

7) Une citation qui t’inspire ?

 Il n’y a pas tellement de citation qui m’inspire… Ce par quoi je préfère m’inspirer, ce sont les histoires, les personnes et notamment mes proches. Il faut que je puisse m’identifier aux personnes pour pouvoir m’en inspirer. Si elles sont trop loin de moi, par leur personnalité ou leur réussite, c’est plus difficile. Si je devais donner une citation, je parlerai de celle que ma mère m’a toujours répété depuis l’enfance, il s’agit de « De bonne heure et de bonne humeur » parce que se lever tôt, c’est être joyeux, être joyeux c’est être productif et ça fait partie de la réussite, et ceci est valable dans n’importe quel domaine. Ces 6 mots sont très signifiants pour moi.

8) Que dirais-tu à une version plus jeune de toi ?

De refaire exactement ce qu’elle a fait. Si aujourd’hui je suis cette personne, c’est grâce à tout ce que j’ai fais, positif comme négatif. C’est de cette manière que j’ai réussi à affronter beaucoup de choses. Le seul conseil que je pourrai donner à un moi plus jeune, c’est de ne pas perdre mon temps avec les personnes toxiques .C’est un vrai fléau et un frein total à notre évolution.

9) As-tu des conseils pour des sœurs qui voudraient se lancer ?

 Je dirai aux personnes qui souhaitent se lancer dans une aventure comme celle-ci, de rester eux-mêmes et de ne pas vouloir être quelqu’un d’autre. Il est important de se créer sa propre identité et de faire aimer aux autres notre propre univers. C’est la seule chose qui peut permettre de s’épanouir dans ce milieu, car si on copie les autres, on aura forcément moins de mérite, il sera plus difficile d’être fier de soi en sachant que l’on a fait la même chose qu’untel. S’inspirer des autres c’est important oui, mais il faut s’inspirer pour mieux créer, non pour recopier. Un deuxième conseil, je leur dirai de ne pas avoir peur du regard des gens.

 Les gens aimeront ce que vous faites si vous même vous aimez ce que vous faites, ça se ressent forcément et c’est de cette manière que l’on finit par trouver satisfaction. Ne pas avoir peur des a priori de nos proches, tout ce que l’on peut vous dire qui s’oppose à vos projets ne sont que des craintes de leur part. Il faut persévérer et s’écouter, car il y aura toujours des personnes réticentes face à votre activité. Socialement parlant et dans ce milieu précisément, il ne faut pas penser que votre voile est un problème, car il ne l’est pas. Vous avez justement cet avantage là d’être libre de votre travail et de décider de ce que vous voulez, personne n’aura rien à vous dire là-dessus.

Encore merci à Eleana pour ses mots motivants et très justes. J’aime voir les femmes de notre communauté entreprendre, s’entraider, donner et vouloir le meilleur. J’espère que vous aimerez son interview autant que j’ai aimé l’interviewer. Je continue de surveiller de près ce qui se fait chez Owlana, en espérant arriver un jour à un niveau aussi élevé dans mon travail. Rendez leur visite sur leur site web : www.owlana.com

Avec amour, Arba.

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